dimanche 27 janvier 2008

Un lait communiste...


Lundi prochain, sur les tablettes d'épicerie, le lait aura augmenté de 0.04$ sans même que vous ne vous en rendiez compte. D'ailleurs vous porterez attention au prix du lait, lorsque vous devrez aller en acheter. Au Québec, il est réglementé par la Régie des marchés agricoles et alimentaires, ce qui fait que le prix sur les tablettes ne peut pas être inférieur à un certain montant. Ce concept de Gestion de l'offre est mis en place pour protéger l'agriculture québécoise et, du même coup, permet aux fermes familliales de compétitionner les multinationales qui, par leur quantité de production, arrivent à faire drastiquement baisser leurs prix. Par exemple, Danone a installé en Arabie Saoudite la plus grande ferme laitière au monde, qui compte 30 000 vaches, et l'on parle de projets encore plus grands en Inde et en Chine. Le président de la Fédération des producteurs de lait du Québec donne à ce sujet un avis très éclairé, qui nous rappelle, et nous réconforte dans le fait que nous ne sommes pas toujours une pâle copie de nos voisins du Sud: "C’est complètement ridicule, plus il y a de vaches, plus les risques de maladies augmentent. De plus, ça dénaturerait le paysage agricole de la province et les Québécois perdraient leur attachement à la production laitière d’ici."

Ainsi donc, il faut se poser la question suivante: Préférons-nous protéger nos valeurs de la culture saine de la terre et de la gestion équitable de la production du lait, au détriment du portefeuille des consommateurs (qui paient dans ce cas le lait plus cher) ou préférons-nous assister à la mort de petites entreprises au détriment de plus grosses qui les absorberaient pour nous donner un lait moins cher et exportable? Il nous faut voir la situation sous divers angles.

Le prix: Dans le cas de la gestion de l'offre, le prix du lait est calculé en fonction de tous les facteurs de production, dont le montant versé aux producteurs de lait, qui est de 71 sous par litre de lait vendu. Dans le cas d'une production où ne subsisteront que les plus gros, le prix sera fixé selon l'offre et la demande, et revu à la baisse.

L'environnement et la protection des valeurs de la terre: Comme la Régie met en place des permis de production laitière, qui empêchent les multinationales de produire du lait en quantité astronomique, et qu'elle empêche aux États-Unis d'importer leur lait, les producteurs sont tenus d'avoir en moyenne une cinquantaine de vaches, ce qui ne concentre pas les déchets qu'elles produisent et permet un équilibre de la terre maintenu. Dans le cas où la production serait concentrée, on assisterait au même scénario que celui du porc, où le purin est entassé sur des milliers de kilomètres de champs, contaminant par fait-même les nappes phréatiques

L'exportation et l'importation: La gestion de l'offre contredit le traité de libre-échange signé entre le Canada et les États-Unis (c'est L'ALENA, qui stipule que les biens entre le Canada, les États-Unis et le Mexique peuvent être vendus sans, ou avec peu de taxes douanières) puisqu'elle empêche l'importation de lait. Il ne faudrait pas s'étonner que les États-Unis dérogent ensuite eux aussi de ce traité (par exemple avec le dossier du bois d'oeuvre). Ensuite, cette production locale du lait empêche l'exportation du lait, et "ferme" le secteur à toute expansion mondiale ou même canadienne.

Enfin, que l'on soit du côté économique, ou du côté enviro-social, que cette augmentation nous affecte, ou ne nous affecte pas, nous devrons tout de même la subir lundi!

Source de l'image: Pierre McCann, La Presse

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