lundi 18 février 2008

Télécharger? Et pourquoi pas?

Pour l'amateur de transports en commun, deux choses sont habituelles. D'abord la vue de gens transits de froid à force d'avoir eu à attendre leur autobus dans un froid sibérien typiquement québécois, ensuite l'impossiblité de communiquer verbalement entre les usagers, parce-que le 7/8 sont affublés d'écouteurs reliés à un Ipod ou à une autre forme de mp3. Ceux qui n'en ont pas sont soit sourds, reliés à un lecteur cd portatif, ou alors ne sont pas familiers avec "le système". Or dans ce nombre, combien ont acheté leur musique, ou inversement, combien ont téléchargé leur contenu? Selon des Statistiques relevées entre le mois de juillet et le mois d'août 2004, 85% des jeunes Québécois âgés entre 18 et 24 ans téléchargent de la musique et n'ont aucun scrupule à le faire. Toutefois il ne faut pas se méprendre: le phénomène ne concerne pas uniquement les jeunes. Une dame résidant à Montauban, près de Toulouse, a récemment paru en cour pour avoir téléchargé, gratuitement et de façon illégale, 2889 fichiers audio sur son ordinateur. La notion d'illégalité est importante ici: au Canada, télécharger de la musique sur son ordinateur en ne payant pas de frais est légal. Le juge Konrad Von Finckenstein, de la Cour Fédérale, n’a pas reconnu les arguments de l’Association de l’industrie canadienne de l’enregistrement (AICE) visant à obtenir l’identité de pirates présumés en mars 2004. " Aucune preuve n’a été présentée pour démontrer que les présumés contrevenants distribuaient ou autorisaient la reproduction d’enregistrements sonores ", affirmait le juge dans son jugement. Ainsi, théoriquement, on ne peut pas prouver l'illégalité d'un distributeur de musique, ou d'un "téléchargeur" qui achète ou vend de façon gratuite des copies d'enregistrements sonores. Reste alors le côté éthique de la chose: est-ce que l'ère des communications et de l'internet contrevient au rendement des artistes, ou des producteurs? Il faut d'abord comprendre que 82,63% du marché américain de la musique provient de quatre compagnies (en 2004) : Sony-BMG, Warner, Universal et EMI. Dans le monde de la musique, ces quatre producteurs sont qualifiés de "Majors". Après avoir essuyé trois années de pertes, avec uniquement en 2003 une baisse de 20% des ventes de disques, ces industries affichent maintenant un rendement supérieur au rendement pré-téléchargement. Du téléchargement payant, des DVD musicaux, des rééditions de DC " remasterisés ", des sonneries des téléphones cellulaires (extrêmement lucratives, notamment en Asie); mais, également, des spectacles qui, eux, n’ont pas vu leur auditoire se défiler sont à la base de nouveaux profits. C'est un peu utiliser le fléau du téléchargement à leur avantage, prendre les armes de "l'ennemi" dans un but lucratif. Quand aux artistes québécois, la nécessité de changement n'est pas aussi grande, puisque leur profit n'a pas drastiquement baissé. En effet, l'approche plus personnelle qu'ont les artistes québécois envers leur public, et le public envers ses artistes semble inciter les consommateurs à ralentir le téléchargement, limitant ainsi les pertes. Le gain perdu se gagne ailleurs également, avec ou bien la formule: "Augmentons la fréquence des spectacles, mais réduisons l'audimat, et ce dans plusieurs régions du Québec (pas seulement Montréal)" ou alors "Augmentons tout simplement le prix des billets, puisque le public payera de toute façon".
Comme le faisait remarquer Clive Davis, président de BMG pour l’Amérique du Nord : " The interest in music is stronger than ever ". Pourquoi freiner l'évolution musicale, plutôt que de tenter de diversifier l'accès à ces sources par le biais de nos nouvelles technologies? La créativité de nos artistes démontrent en ce sens de véritables coups de génie, comme par exemple François Pérusse, qui inclut dans son cd des codes secrets pour le visionnement d'extraits inédits, ou alors d'autres créateurs qui font de leur album une véritable oeuvre d'art, cartonnée, texturée?
À mon avis, le problème du téléchargement est loin d'en être un. C'est au contraire une nouvelle façon de voir la musique qui permet une diversification de l'éventail musical, la connaissance de nouveaux artistes, et l'obtention de musique de diverses cultures au bout des doigts. Le défi n'est pas de contrer, mais de diversifier les domaines auxquels la musique peut être appliquée.


¹Source: Chanson du Québec, http://www.chansonduquebec.com/recherche/piratagemusical.html
²Source: Le lézard, http://www.lelezard.com/actu/4151/le-piratage-de-la-musique-pas-seulement-pour-les-jeunes.html
³Source: Arte.tv, http://www.arte.tv/fr/art-musique/tracks/Jeudi-13-mai-2004-a-23-55/525244,CmC=525214.html
4Source: Apple, http://www.apple.com/fr/ipodtouch/gallery/index.html

1 commentaire:

Gabrielle a dit…

Personnellement, je dois dire que je télécharge beaucoup de musique. Par contre, ce téléchargement n'a qu'un seul but: connaître plus la musique d'un certain artiste en vue d'acheter le cd, si ça me plait bien. Comme tu le dis dans ton article, ça permet de diversifier notre culture musicale. Je crois que c'est mieux de télécharger de la musique d'un artiste et de ne pas l'aimer et d'avoir dépenser une belle somme de 0$ plutôt que de dépenser 18$(en moyenne) pour un cd qui n'est pas vraiment apprécié après l'écoute. La déception est moins amer. Alors, je dis «Merci Canada» de permettre de téléchargement.